L’histoire des quatre kiosques à musique de Coudekerque-Branche

Soixante-quinze ans après la disparition de son dernier kiosque à musique, la commune de Coudekerque-Branche va retrouver cet automne 2026 une pièce maîtresse de son patrimoine urbain.
L’inauguration prochaine du tout nouveau kiosque, place de la République, est l’occasion idéale de remonter le temps et de redécouvrir l’histoire méconnue des trois premiers kiosques qui se sont succédés au cours de la première moitié du XXᵉ siècle.
Une commune en pleine mutation
À l’aube du XXᵉ siècle, bien qu’encore morcelée en plusieurs sections, la commune de Coudekerque-Branche connaît une profonde mutation. Sa population s’accroît rapidement, passant de 3.537 habitants en 1891 à 6.271 en 19061. Ancien bourg rural, la cité se métamorphose en un pôle industriel majeur du littoral dunkerquois, porté par de grandes manufactures et usines (textile, huilerie, raffinerie, minoterie) et un tissu d’ateliers florissants (brasseries, chaudronnerie, tonnellerie, briqueterie).
Ce dynamisme façonne un nouveau paysage urbain. La vie spirituelle et communautaire s’organise autour de nouvelles paroisses et de leurs églises (Sacré-Cœur construit en 1881-1884, Sainte-Germaine en 1906). Pour désenclaver et relier les quartiers, les infrastructures se multiplient : édification des ponts Saint-Georges (1889) et des Sept-Planètes (1901), percement du boulevard de la République (1901-1904), ou encore aménagement de la place de la République (1892), destinée au départ à accueillir le futur hôtel de ville, mais qui sera finalement érigé en 1907 au cœur de la section D. Le quotidien des habitants se modernise tout aussi vite : la gare des voyageurs est inaugurée en 1888, un tramway reliant la gare aux portes de Dunkerque est mis en service dès 1900, l’éclairage public est déployée à partir de 1890 et des bornes-fontaines sont installées en 1895.
En filigrane, ces bouleversements économiques et démographiques préfigurent une recomposition politique au niveau communale. Une vie associative intense, ancrée dans les cabarets (sociétés musicales, clubs de tir, jeux de cartes ou de bouchons), anime les quartiers. Dans l’ombre, Gustave Fontaine, encore simple conseiller municipal socialiste, prépare son accession à la mairie en s’alliant avec les radicaux-socialistes. Mais pour l’heure, la municipalité reste dirigée par Georges Paresys, successeur d’Émile Dickson depuis la démission de ce dernier en 1901.
Un premier kiosque en 1903
Le 10 juillet 1903, c’est donc Georges Paresys qui soumet au Conseil municipal un projet de marché conclu avec l’entrepreneur Télesphore Réveillion pour la construction du « kiosque de la musique communale », un chantier estimé à 1.000 francs2.
La construction de ce kiosque à musique répond à un double enjeu : offrir à l’harmonie communale un espace dédié à ses représentations et inscrire la ville dans la modernité de son époque. À la fin du XIXᵉ siècle, les kiosques à musique connaissent en effet un véritable engouement en Flandre française, comme en témoignent les édifications successives de kiosques à Saint-Pol-sur-Mer (1878), Dunkerque (1885), Hazebrouck (1887), Cassel (1889), Wormhout (1890), Malo-les-Bains (1894), Bourbourg (1898), Bailleul (1901) ou encore Hondschoote (1902)3.
La singularité du premier kiosque à musique de Coudekerque-Branche réside dans sa structure en bois, entièrement démontable. De plan octogonal, cet édifice présente des côtés de 2,60 mètres pour un rayon de 2,80 mètres. Les musiciens accèdent par un escalier de cinq marches à un plancher protégé par une balustrade. L’ensemble est couronné d’une charpente soutenant une toiture également démontable en huit panneaux, bordée d’un lambrequin finement découpé4.

Le kiosque à musique est alors monté sur la place de l’église du Sacré-Cœur5 à l’occasion des fêtes communales, en particulier pour celle de la Pentecôte (instituée en 1875). L’Union Ouvrière, fanfare municipale fondée en 1904 par Henri Combe et Léon Thorez, y donne régulièrement des apéritifs-concerts. Une autre société musicale, L’Avenir, née en 1888, constituée exclusivement au départ d’ouvriers de la filature Dickson, s’y est très probablement produite elle aussi. Des ensembles musicaux extérieurs à la commune y sont également invités, à l’image de la Musique communale de Saint-Pol-sur-Mer, du Réveil Musical de Petite-Synthe ou de La Solidarité Ouvrière de Roubaix en 1906.
Soumis à de répétés montages et démontages, le kiosque finit par se détériorer irrémédiablement vers 1909. Ses composants furent alors remisés dans un local de la rue Félix-Faure, aux côtés du matériel des fêtes communales. En novembre 1913, lors d’un conseil municipal, le maire statua sur leur sort : les éléments les mieux préservés furent affectés à la rénovation des bâtiments communaux, tandis que les plus dégradés servirent de bois de chauffage pour les écoles et édifices publics.
Afin de suppléer à cette disparition, la municipalité fit l’acquisition d’une « tente-kiosque », dont l’architecture et les dimensions nous demeurent toutefois inconnues. L’existence de ce deuxième kiosque à musique fut toutefois brève, car à la fin de l’année 1910, la décision fut prise de doter la commune d’un plus bel ouvrage, digne de la notoriété grandissante de la cité.
Quand le nouveau kiosque se fait attendre (1911-1924)
En février 1911, afin d’éclairer son choix, la municipalité interroge les maires de Rosendaël, Malo-les-Bains, Bergues et Wormhout sur leur propre kiosque à musique : nom de l’entrepreneur retenu, coût des travaux, dimensions, capacité d’accueil des musiciens et qualité de l’acoustique. Elle visite également divers édifices de la région pour affiner sa réflexion.
En avril, elle sollicite l’architecte communal, Arthur Gontier6, pour élaborer un projet. Très vite, le choix se porte sur un modèle similaire à celui de la place Turenne à Malo, édifié en 1894. Un premier devis de 16.000 francs est adressé par l’architecte le 23 mai, suivi d’un second plus précis le 25 juillet, prenant en compte les aléas des coûts de fabrication, s’élevant à 22.000 francs.
« Le kiosque projeté sera à 10 pans et aura un périmètre de 30 mètres. Élevé à 1,25 mètre au-dessus du sol, sa hauteur sera de 4 mètres sous plafond à l’extérieur et 4,50 mètres au centre (…). Le sous-sol servira de magasin ; le soubassement en maçonnerie disposera de plinthes, contreforts et tablettes en pierres de Soignies, les panneaux de remplissage seront en imitation de blocailles (…). Les colonnes seront en fonte ornée, la balustrade en fer forgé, la charpente en acier (…) et la couverture en zinc orné » d’écailles7. Deux escaliers d’accès opposés complètent l’ensemble. Le kiosque sera construit sur la grande place dans l’axe du boulevard de la République (aujourd’hui Jean Jaurès).

Cependant, le projet ne semble pas avoir été une priorité pour les décideurs de l’époque. Il faut attendre le 29 décembre, pour que le conseil municipal l’adopte, puis, six mois plus tard, le 13 juillet 1912, pour obtenir l’approbation préfectorale nécessaire à l’engagement des dépenses.
Les travaux à réaliser font dès lors l’objet d’une adjudication publique en un lot unique dite « au rabais ». Cinq entrepreneurs répondent à l’appel d’offres, parmi lesquels Alphonse Demeulemeester et Télesphore Réveillion, tous deux demeurant à Coudekerque-Branche. Mais c’est finalement Jules Bourée-Thibaut, constructeur lillois, qui remporte le marché le 17 août avec un rabais exceptionnel de 8 %. Il s’engage à livrer le kiosque à musique six mois plus tard, le 16 mars 1913.
Mais les choses ne vont pas se dérouler comme prévu. Dès le mois de novembre, le maire et la Commission des Travaux s’inquiètent de voir que les travaux n’ont toujours pas commencé. L’architecte Gontier se veut rassurant et affirme que « les travaux de terrassement et de maçonnerie sont les moins importants de l’affaire et nécessiteront que fort de temps. L’essentiel est la préparation des serrureries et du zincage ornementé dont l’entrepreneur s’occupent certainement »8.
Ce que le maire et l’architecte ignorent encore, c’est que l’entrepreneur Bourée a sous-traité une partie de l’affaire et qu’il n’est désormais plus entièrement maître du calendrier. En février 1913, à la suite d’une nouvelle relance de l’architecte, l’entrepreneur assure faire « le nécessaire près de la fonderie pour activer dans la mesure du possible la fourniture des colonnes du kiosque, ainsi qu’auprès de Desbarbieux pour la couverture en zinc »9. Il promet que la charpente sera bientôt terminée et indique avoir écrit à M. Dufour, entrepreneur dunkerquois chargé du terrassement et de la maçonnerie, afin qu’il intervienne auprès de son fournisseur pour accélérer la pose des pierres.
Le 5 mars, le maire renouvelle toutefois ses inquiétudes. Il craint désormais que le kiosque ne soit pas achevé à temps pour la fête communale, prévue le 11 mai. Le ton se durcit : à cette nouvelle mise en garde s’ajoute la menace d’appliquer les pénalités financières prévues au cahier des charges.
Afin de gagner du temps, Jules Bourée propose alors de faire fondre un autre modèle de colonnes. L’architecte refuse cette solution et exige que les prescriptions du cahier des charges soient respectées. Le 17 mars, la sanction tombe. La municipalité considère que « l’entrepreneur ne tient pas compte des incessantes réclamations de l’architecte » et constate qu’à cette date « la voûte cimentée du kiosque est à peine commencée », que seules quatre colonnes sur les dix prévues ont été coulées et que la couverture ne pourra être posée avant leur installation. Elle estime, en conséquence, que « l’incurie de l’entrepreneur atteste que le kiosque ne sera livré à l’époque indiquée » et met Jules Bourée en demeure de livrer le kiosque à musique pour le 24 mars 1913, sous peine d’une pénalité de 10 francs par jour de retard10.
L’entrepreneur prend acte de cette décision et promet désormais une livraison pour le 11 mai. Mais les difficultés sont loin d’être résolues. Le 2 mai, les panneaux de zinc livrés pour la couverture du kiosque se révèlent non conformes au cahier des charges. Bourée s’était adressé au fabricant Desbarbieux, qui n’a pas respecté les caractéristiques précises demandées. Desbarbieux tente en vain de trouver une issue au différend. Le contentieux se déplace alors sur le terrain judiciaire, opposant Jules Bourée à l’entreprise Desbarbieux, qui refuse tout bonnement de fournir une nouvelle couverture en zinc.
L’affaire va s’enliser jusqu’au début de l’automne. La municipalité commence à craindre de devenir la risée des habitants si la construction devait être abandonnée. L’opposition politique s’empare à son tour de l’affaire : dans les colonnes de L’Écho de la Branche, elle dénonce un projet qui semble ne jamais devoir aboutir. Car l’entreprise Desbarbieux décide d’abandonner l’affaire et part en récupérant sa marchandise non conforme.
Le kiosque reste alors sans couverture. Seules les colonnes et une charpente en bois sont en place, exposant la construction à d’éventuelles intempéries, ce qui inquiète la municipalité. Le 20 septembre, Jules Bourée décide finalement de reprendre lui-même les travaux de couverture, sans attendre le règlement du contentieux. Il passe commande à la Société française des Ornements, conformément aux instructions de l’architecte Arthur Gontier.
Mais les nouveaux délais de fabrication exaspèrent le maire Gustave Fontaine, qui souhaite désormais en finir avec cette construction interminable. Dans une lettre, il fait part de son impatience : « Nous ne voyons toujours rien venir. Vous estimez sans doute comme moi que cette situation devient intenable et qu’il y a lieu d’en finir avec l’inertie opposée par M. Bourée, malgré nos pressantes démarches »11.
Enfin, le 22 décembre, Bourée informe l’architecte que les marchandises de la Société française des Ornements sont annoncées en gare de Coudekerque et que son sous-traitant commencera leur pose dès les premiers jours de la nouvelle année, sitôt les fêtes terminées. Mais, une nouvelle fois, les promesses ne sont pas tenues. Le 5 février 1914, le maire « constate que M. Bourée continue à ne pas mettre ses promesses à exécution ». L’entrepreneur invoque pour justifier le retard les intempéries des premiers jours de janvier, mais aussi des défauts constatés sur certains des nouveaux éléments en zinc livrés.
Le différend entre l’architecte Gontier et l’entrepreneur Bourée prend également une dimension politique. En mai 1914, Jules Bourée fait appel au sénateur du Nord Charles Debierre. Après avoir rappelé les nombreux déboires rencontrés au cours de la construction du kiosque, les dépenses supplémentaires qui en ont résulté et la pénalité de plus de 4.300 francs réclamée pour le retard de livraison, il demande au sénateur d’user de son influence afin de régler cette « malheureuse affaire » dans des conditions plus favorables.
L’intervention de Charles Debierre reste cependant vaine. Gustave Fontaine refuse de désavouer son ami l’architecte Gontier, « qui a pour mission de défendre les droits et intérêts de la ville ».
Le mercredi 27 mai 1914, Jules Bourée annonce enfin l’achèvement des travaux. Une réception provisoire peut alors être organisée le samedi 30 mai, veille de la fête communale. Provisoire, car l’affaire est loin d’être réglée. La Grande Guerre, puis l’intransigeance persistante de la municipalité et de l’architecte, vont encore retarder son dénouement pendant plusieurs années.
En juillet 1923, près de neuf ans après l’achèvement du kiosque, Gustave Fontaine demande toujours que les 4.310 francs de pénalités soient déduits des 6.815 francs restant dus pour sa construction. Henri Bourée, qui a succédé à son père à la tête de l’entreprise, conteste à son tour cette pénalité et menace, en décembre 1923, de porter l’affaire devant le Conseil de Préfecture, juridiction compétente pour juger les litiges lors de marchés publics.
Est-ce cette menace qui finit par faire fléchir la municipalité de Coudekerque-Branche ? Toujours est-il que, le 28 février 1924, le Conseil municipal, conformément à l’avis de la Commission des Travaux, décide de réduire de moitié la pénalité de retard. L’entreprise Bourée accepte de guerre lasse cette décision. Ce compromis permet enfin à la municipalité de procéder à la réception définitive du kiosque à musique, le samedi 10 mai 1924 à 15 heures, mettant fin à un feuilleton long de douze ans.
Affiche de la fête Communale de 1909
Coudekerque-Branche - Le kiosque à musique vers 1914
Coudekerque-Branche - Le kiosque à musique en 1923
Coudekerque-Branche - Le kiosque à musique dans les années 50
La disparition du kiosque à musique
Durant la Grande Guerre, le kiosque à musique, tout juste édifié sur la place de la République, échappe aux destructions, malgré la proximité du front et de Dunkerque, beaucoup plus durement touchée par les bombardements. Un abri est même aménagé à ses côtés afin de protéger la population d’éventuelles attaques.
Pendant l’entre-deux-guerres, le kiosque devient le cœur des festivités communales. Les différentes sociétés musicales de la ville, parmi lesquelles Les Amis Réunis, ainsi que des formations venues de la région, s’y succèdent à l’occasion des fêtes et des manifestations publiques. Autour du kiosque, un jardin public offre un cadre agréable à ces rendez-vous populaires.
En octobre 1938, un nouvel élément vient encore renforcer la dimension symbolique du lieu. Le buste de Gustave Fontaine, décédé l’année précédente, est installé à proximité du kiosque, dans l’axe du boulevard Jean Jaurès. Celui qui avait largement contribué à la transformation de la ville voit ainsi sa mémoire durablement associée à l’un de ses espaces publics qu’il avait contribué à créer.
La Seconde Guerre mondiale va cependant mettre un terme à cette histoire12. Une première fois endommagé lors des bombardements de mai-juin 1940, le kiosque est finalement démantelé en 1943 par les troupes d’occupation allemandes. La couverture en zinc, la charpente métallique, les barrières en fer forgé, le plafond en bois ainsi que les installations électriques sont démontés et récupérés. Seule subsiste la partie basse, construite en brique et en béton. Le pourtour bitumé qui servait de piste de danse est lui aussi entièrement détruit.
Lors du siège de la Poche de Dunkerque, entre septembre 1944 et mai 1945, les vestiges du kiosque connaissent une ultime transformation. Ce qui reste de l’édifice est intégré au dispositif défensif allemand et transformé en blockhaus, complété par des barrages antichars.
À la Libération, les priorités sont ailleurs. La municipalité doit avant tout faire face à l’immense chantier de reconstruction des infrastructures urbaines. La question du kiosque n’est pourtant pas immédiatement abandonnée. En octobre 1947, elle demande à l’architecte dunkerquois Georges Poulain d’établir un devis pour une reconstruction à l’identique.
Le montant donne rapidement la mesure des difficultés : 691 557 francs ! Une véritable fortune à l’époque. Certes, une indemnité du ministère de la Reconstruction est prévue, mais celle-ci ne couvre même pas la moitié de la dépense13. Dans une ville qui doit consacrer ses ressources à la reconstruction de ses équipements essentiels, le choix s’impose finalement : le kiosque à musique ne sera pas reconstruit.
L’ultime chapitre de son histoire s’écrit en mars 1951. L’entreprise Petavis procède alors à l’enlèvement des derniers vestiges de l’édifice. Après 37 années d’existence, le kiosque de la place de la République disparaissait ainsi du paysage de Coudekerque-Branche.
Le retour du kiosque à musique : entre décor urbain et lieu de convivialité musicale
Mais tel un phénix, le kiosque à musique va renaître grâce à une initiative citoyenne. Lors de la préparation du budget participatif de la ville, en 2024, l’idée de reconstruire un kiosque est proposée. Le projet qui n’était pas celui de la municipalité sortante est adopté en conseil municipal en décembre 2024.
Un appel d’offres est lancé le 7 mars 2025. Une seule entreprise y répond : la Fonderie Vincent, fondée en 1880 et installée à Brignais, près de Lyon. Le marché, d’un montant de plus de 475 000 €, lui est attribué le 4 juin 2025.
Annoncée dans un premier temps pour l’automne 2025, puis espérée pour le Carnaval du 1er mars 2026, la reconstruction prend finalement un peu plus de temps. Le nouveau kiosque est édifié au cours de l’été et de l’automne 2026, redonnant ainsi vie à un monument emblématique des villes du Nord.
À l’heure où nous écrivons cet article, nous n’avons pu obtenir de la mairie de Coudekerque-Branche ni de la Fonderie Vincent les caractéristiques techniques du nouveau kiosque à musique. Nous mettrons bien entendu cette étude à jour dans les prochains jours, dès que nous disposerons de ces informations.
À l’origine, les kiosques à musique répondaient à l’essor des harmonies, des fanfares et des autres sociétés musicales, qui cherchaient un lieu, une scène à l’acoustique parfaite pour se produire. Des musiciens vêtus du même uniforme, gommant ainsi les différences sociales, y partageaient leur passion, avec plus ou moins de talent, devant un public de connaisseurs ou de curieux avides de découvertes musicales.
C’était aussi un lieu d’échange et de liberté. Venir au kiosque, c’était s’offrir une promenade, une distraction populaire et familiale, un moment de détente après une semaine de labeur, l’occasion de rencontres. Le badaud pouvait s’installer sur un banc ou sur une chaise, ou bien déambuler autour du kiosque, seul ou au bras de sa compagne, en écoutant les airs populaires et militaires.
Pour la commune, la construction d’un kiosque s’inscrivait souvent dans un projet d’urbanisme novateur : il trônait au centre d’une place ou d’un jardin public, et l’on se rassemblait autour de lui pour les fêtes communales, les marchés et le carnaval. Il faisait la fierté des habitants et des édiles, et suscitait la jalousie des communes voisines, qui s’empressaient d’édifier à leur tour leur propre kiosque, avec des budgets plus ou moins importants.
Certes, les évolutions du monde moderne ont bouleversé cette belle harmonie républicaine. L’automobile a exigé plus de places en ville réduisant les espaces autour des kiosques. Les musiciens ont recherché des lieux plus propices à leur activité tout au long de l’année, et non plus seulement aux beaux jours. Les guerres ont enfin mis à mal de nombreux kiosques. De lieu de convivialité musicale, ces derniers sont devenus au fil des années de simples éléments du décor urbain, utiles à de très rares occasions.
Pourtant, depuis une décennie, le kiosque à musique fait son retour dans plusieurs villes de notre région, comme récemment à Cassel et à Cappelle-la-Grande. Il nous a donc paru important, en retraçant l’histoire des quatre kiosques à musique de la commune de Coudekerque-Branche, de rappeler à la fois leur singularité, l’importance de leur fonction et leur portée symbolique au cœur de la commune. Puissions être entendus et compris.
Sources :
Archives municipales de Coudekerque-Branche :
- 5 H 44 : Dommages de guerre (1947-1953)
- 1 J 2 : Fêtes communales (1875-1939)
- 1 M 7 : Le kiosque à musique, place de l’église et place de la République
Archives départementales du Nord :
- 2 O 153 / 61 : Affaires communales – Construction du kiosque à musique – 1903.
Bibliographie :
- Bailleul David & Delattre André, Gustave Fontaine ou Coudekerque-Branche au coeur, Editions Les Amis de la Branche, 2004, 248 pages.
- Baron Léonce, Coudekerque-Coudekerque-Branche, 1923, 179 pages et XXXIV pages d’annexes.
- Hanscotte-Proust Christine & Messiant Guy, « La vie associative à Coudekerque-Branche fin XIXe siècle début XXe siècle », dans Annales du Comité flamand de France, T. 55, 1997, pp. 151-162.
- Mussat Marie-Claire, La Belle Époque des Kiosques à Musique, Editions du May, 1992, 150 pages.
- Oddone Patrick (sd.), Histoire de Coudekerque-Branche, Editions des Beffrois, 1988, 248 pages.
Notes :
- En 1906, il y avait 5312 habitants dans la section D dite des filatures (entre les canaux de Bergues et de Bourbourg), 953 habitants dans les autres sections (B et C). A noter que 107 personnes du monde de la batellerie vivaient sur les canaux. ↩︎
- Archives départementales du Nord (ci-après ADN) – 2 O 153 / 61 ↩︎
- Dans les années qui suivent, d’autres communes emboîtent le pas : Rosendaël (1905), Malo-les-Bains (sur la digue, 1906), Petite-Synthe (1907) puis Bergues (1910). ↩︎
- Faute de plan conservé, la connaissance du kiosque se limite aux rares précisions descriptives figurant dans le marché conclu entre le maire Paresys et l’entrepreneur Réveillion – ADN 2 O 153 / 61. ↩︎
- La Place de l’église prend le nom de Place de la Liberté en novembre 1909. ↩︎
- Arthur Gontier (1864-1929) est un architecte communal a qui l’on doit de nombreux bâtiments publics (écoles, mairies, postes et kiosques à musique) à Malo-les-Bains, Rosendaël, Dunkerque, Grande-Synthe, Saint-Pol-sur-Mer et Petite-Synthe. A Coudekerque-Branche, outre le kiosque à musique, il construisit l’école de filles Sévigné (1904-1905), l’Hôtel de Ville (1907), l’abattoir municipal (1908), le groupe scolaire Pasteur (1908-1910). Il était proche du maire Gustave Fontaine. ↩︎
- Devis et cahier des charges dressés par l’architecte Arthur Gontier le 25 juillet 1911 – AMCB 1 M 7. ↩︎
- Lettre de Gontier adressée au maire en date du 23 novembre 1912 – AMCB 1 M 7. ↩︎
- Lettre du maire adressée à l’architecte Gontier le 14 décembre 1912 – AMCB 1 M 7. ↩︎
- Lettre du maire adressée à l’architecte Gontier le 17 mars 1913 – AMCB 1 M 7. ↩︎
- Lettre du maire adressée à l’architecte Gontier le 28 novembre 1913 – AMCB 1 M 7. ↩︎
- AMCB 5 H 44. ↩︎
- En 1959, la commune touchera 76.236 francs (valeur de 1939) comme dommages de guerre pour la destruction du kiosque à musique. ↩︎
12 juillet 1562, un prêche protestant à Boeschèpe



