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Les incursions normandes en Flandre

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Au cours du 9e siècle, l’Europe connut ses dernières invasions. Des guerriers venant du Nord (Scandinavie, Danemark) ont débarqué sur les côtes d’Angleterre, d’Irlande, de France, de Russie et en Méditerranée. Si la tradition et le cinéma ont dépeint les Vikings comme des brutes sanguinaires et sans scrupules, les historiens ont essayé de donner une vision plus nuancée du phénomène. Leur sinistre réputation aurait été avant tout entretenue par « les récits exagérés de clercs épouvantés, nourris de préjugés envers ces païens qui de surcroît avaient la funeste habitude de s’attaquer aux lieux saints » (J. Haywood). Certes on ne peut nier le caractère violent des raids normands, mais cette violence survient alors que l’Europe jouissait d’une paix inconnue depuis la chute de l’empire romain et à part aux frontières de l’Empire les fortifications étaient rares. La Flandre ou ce qui allait devenir la Flandre n’a pas échappé aux incursions normandes. Son littoral, qui n’était à cette époque qu’un large estuaire et qu’on devine pauvre, n’a pas été le but premier des attaques vikings. Mais il a permis via ses fleuves (l’Aa, l’Yser et l’Escaut) l’accès aux riches abbayes et aux villes épiscopales. Le réseau des routes antiques a également offert d’énormes possibilités dont les envahisseurs ont su profiter pour parcourir notre région.

Chronologie des incursions
Les incursions se passent en deux temps :
– Tout d’abord, de 800 à 879, des incursions sporadiques qui sont le fait de bandes isolées ou de contingents détachés des armées présentes en Francie occidentale.
– Puis de 789 à 892, des expéditions conduites par des troupes plus importantes qui n’hésitent pas à s’installer dans la région pour sévir toute une saison, voire plusieurs.

Dès 800 pour face aux premières menaces, notamment en Frise, Charlemagne décide d’installer une flotte le long du littoral flamand. En 810, il ordonne la construction de bateaux à Boulogne et à Gand. Il restaure également le vieux phare romain à Boulogne (La Tour d’Odre). Les annales Regni Francorum signalent pour l’année 820 une incursion Danoise sans grand succès sur la côte flamande. En 842, Quentoric est mis à sac pour la première fois. En 843, des Danois sans doute sous la conduite de Godfried pillent la Frise et notamment Dorestad. En 850, une partie de l’armée de Rorik envahit la Flandre, le pays de Thérouanne et d’autres régions du littoral. L’année suivante, une bande de Normands remonte l’Escaut jusque Gand. La Flandre connaît une accalmie jusqu’en 860, date à laquelle des Normands chassés d’Angleterre et commandés par Weland débarquent près de l’embouchure de l’Yser, sans doute à Nieuport. Ils marchent droit vers le monastère de Saint Bertin, en suivant le cours de l’Yser, brulant au passage l’abbaye de Wormhout. Ils pillent ensuite le pagus de Thérouanne avant de voguer vers la Seine (Charles le Chauve ayant acheté le concours de Weland pour le débarrasser des vikings présents dans le bassin de la Seine). En 864, ils se présentent de nouveau sur la côte flamande, mais se voient opposer une telle résistance – sans doute de la part du premier comte de Flandre Baudouin, qu’ils préfèrent se retirer dans la vallée du Rhin.

En 879, après une accalmie de 15 ans, une grande armée sans doute d’un millier d’hommes, chassée d’Angleterre par le roi du Wessex Alfred le Grand et profitant de la mort de Baudouin 1er passe sur le continent. Elle débarque vers la mi-juillet, probablement entre Boulogne et Calais, prenant à revers les défenses côtières récemment mise en place. Les Normands pillent Thérouanne, l’abbaye Saint Bertin le 28 juillet, sévissent ensuite dans le Ternois, la vallée de l’Yser et le Menpisc. L’abbaye de Wormhout est définitivement détruite et les moines trouvent refuge à Bergues. Ils remontent ensuite vers le nord par la Lys et l’Escaut – détruisant au passage le monastère de Merville, Estaires et Aire sur la Lys – puis se dirigent vers le Brabant où ils se défont d’une armée franque commandée par Hugues, bâtard de Lothaire II et abbé de Lobbes. Les Normands au lieu de continuer leur route ou de rentrer chez eux, décident d’hiverner à Gand dans l’abbaye de Saint Bavon. De là et dès le début de l’année 880, ils s’attaquent à Tournai, aux monastères de la vallée scaldienne, franchissent l’Escaut et pour finir pillent le diocèse de Noyon et la région rémoise. En novembre 880, les Normands quittent Gand pour Courtrai où il s’installent pour l’hiver. Ils parcourent les pays entre l’Escaut, la Somme, l’Aa et la mer. Ils se risquent même jusqu’à Péronne. En 881, les Vikings remontent la Lys, pillent à nouveau Thérouanne, puis investissent la région côtière comprise entre Boulogne et les abbayes de Saint Ricquier et Saint Valéry. Ils affrontent l’armée franque du roi Louis III à Saucourt en Vimeu le 3 août 881, subissant l’une de leur première défaite.
Pendant dix ans, si on excepte une incursion au printemps 883, la Flandre connaît une relative accalmie, les Normands sévissant dans les vallées de la Meuse et de l’Escaut et dans la région d’Amiens. Ils reviennent sur le littoral flamand au printemps 891. Il est possible qu’ils pillent à nouveau Thérouanne. A Saint Omer, l’abbaye Saint Bertin, sans défense, est pillée, mais les édifices sur la colline autour du sanctuaire dédié à Saint Omer, protégés d’un rempart de terre et de bois, échappent à la dévastation. L’armée normande marche ensuite sur Cassel et les autres castella recens facta du littoral dont, semble-t-il, elle ne parvient pas à s’en emparer. Les Normands quittent le Westhoek pour Liège et Louvain où ils se heurtent à l’armée franque du roi Arnoul de Germanie le 31 août. Mais Arnoul n’exploite pas sa victoire en pourchassant l’ennemi qui revient au camp de Louvain jusqu’à l’automne 892, date à laquelle ils s’embarquent à Boulogne pour l’Angleterre en même temps que l’armée d’Hasting.

Fuir ou résister ?
Face à ces incursions incessantes comment les autorités et les populations ont réagi ?
Dès les premiers contacts avec les Normands sur les côtes atlantiques, peu avant 800, se posa à Charlemagne le problème de la défense de son Empire sur le flan nord-ouest. Il décida comme nous l’avons vu de poster à Boulogne et à Gand des garnisons et des flottilles mobiles qui avaient pour mission de surveiller l’activité des pirates et de briser leurs attaques. Les postes de guet communiquaient entre eux par des phares et des signaux lumineux. L’ancien phare romain de Boulogne fut restauré en 811. Un capitulaire enjoignit aux habitants du littoral de courir en armes au devant des pirates au premier appel des comtes préposés à la garde maritime, sous peine de 20 sols d’amende. Ces mesures prises par Charlemagne ne cessèrent pas d’être appliquées à sa mort. C’est sans doute une de ces unités de défense côtière qui entra en action lors du débarquement de 13 bateaux vikings sur la côte flamande en 820. Une lettre d’Eginhard fait allusion au système défensif maritime toujours en vigueur vers 834. Louis le Pieux renforça ces mesures en 835 et 838. Enfin vers 853, Charles le Chauve confia la défense de la côte flamande à l’abbé laïque de Gand Adalelm. Il est difficile de dire si ce système défensif fut efficace car comme nous l’avons vu, les Normands ne furent pas spécialement attirés par les côtes flamandes jusqu’en 879. Peut-on toutefois dire, qu’il manquait aux garnisons cette mobilité qui aurait pu mettre en échec les invasions normandes. De toute façon, les forces étaient trop faibles et trop dispersées pour constituer un rempart imprenable. Une fois ce rempart franchi, s’ouvrait aux Normands un pays qui n’avait plus connu d’invasions massives depuis longtemps et qui avait perdu toute notion de défense territoriale. On tenta en vain de chasser l’envahisseur en le provoquant en batailles rangées ou en mettant le siège devant ses camps retranchés. Mais l’efficacité de cette tactique traditionnelle s’avéra plus que médiocre. Certaines populations locales résistèrent face à l’envahisseur. Nous l’avons vu en 820 sur la côte flamande. Cette résistance se reproduit en 864 et en 890. En 891, ce sont les habitants de Saint Omer et de Cassel qui s’opposent aux Normands. Les témoins parlent pour Cassel de fideles qui praelio interfuerunt (Libellus miraculorum s. Bertini). A Saint Omer, c’est tout le populus, les nobiliores cum inferioribus, les pedites et les equites, qui, in aecclesia consistens, se jurent fidélité, s’arme, prennent place dans l’arx, puis pourfendent les razzieurs. L’auteur du Libellus parle également des nostri, les paysans des alentours de l’abbaye Saint Bertin encadrés par leurs propriétaires fonciers.
La supériorité des Normands s’explique avant tout par leur rapidité d’action, leur mobilité et à l’utilisation d’un type de navire qui leur permet aussi bien de parcourir les mers que de pénétrer loin à l’intérieur des terres par les fleuves. Ces bateaux progressant par voile et à la rame n’étaient pas un instrument de combat, mais servaient à transporter les hommes (une centaine) et le butin amassé lors des raids. Après avoir débarqué, les Normands combattent à pied selon les mêmes méthodes que les Francs, avec des armes comparables. L’épouvante suscitée par les vikings s’explique plus par la brusquerie de leurs raids et leur réputation de férocité.
Les batailles en terrain découvert (Saucourt en Vimeu) n’ayant pas apporté les résultats escomptés « les francs se préparer à résister, non pas dans des combats en rase campagne, mais en construisant des fortifications, afin d’interdire aux Normands l’usage des cours d’eau » (Annales de Saint Vaast). Il semblerait que le roi ne soit pas à l’initiative de ces constructions en Flandre. Au mieux peut-on penser qu’il confia à Raoul, abbé de Saint Bertin et de Saint Vaast, le soin de mettre en défense ses deux abbayes. Mais, faute de moyens et d’hommes, Raoul se borna à une pauvre petite fortification en bois de 100 mètres sur 200 mètres autour de l’église de Saint Omer. On pense par contre que les comtes de Flandre ont joué un rôle plus important dans la construction des lieux fortifiés. On sait que Baudouin 1er avait érigé un castrum avant 879 pour défendre Bruges contre les Normands. Les castella recens facta, identifiés par H. Van Werveke, avec les villes de Cassel, Bourbourg, Bergues, Furnes, Oostburg, Souburg et Middelburg auraient été édifiées par les populations locales. Mais on image mal que le comte de Flandre Baudouin II, disposant d’une autorité suffisante, n’ait pas donné son accord et n’ai pas encadré leur construction avec l’aide des grands propriétaires laïcs et ecclésiastiques de la région. Édifiées à la limite des polders, ces fortifications furent conçues suivant un plan qui les intégrait à l’ensemble des places fortes déjà existantes. Oudenburg, Aardenburg et Cassel remontaient à l’époque romaine; Bruges nous l’avons vu avait été fortifiée au milieu du 9e siècle. Ces castella n’avaient rien d’imposant. Bourbourg, Bergues et les autres citadelles similaires, étaient de forme circulaire. Leur diamètre mesurait à peu près 200 mètres. Elles étaient entourées par un large fossé et un remblai de terre. D’après le Libellus miraculorum s. Bertini, on peut suivre les différentes phases de la construction de ces castella. Il fallait d’abord procéder à la reconnaissance du tracé précis de l’enceinte en présence des proceres et du populus. Ensuite, les taches étaient réparties entre les habitants groupés par potestates et ministeria, unités administratives carolingiennes. Enfin commençaient les travaux proprement dits. Généralement situés sur des collines ou des buttes, ces castella étaient tout désignés pour le guet et avertir la population. Alertés, les habitants accouraient avec leurs objets précieux et s’engouffraient derrière les palissades. De là , les bellatores tentaient de tenir l’ennemi à distance avec des flèches et si la troupe ennemie était peu importante, ils se risquaient à sortir de l’arx et à chasser les intrus. Les Normands n’étant pas organisés en vue de guerres de sièges, les castella malgré leur structure simple étaient suffisantes pour les contenir.

Bien entendu les incursions normandes n’auraient pas eu un tel impact sur l’histoire de la Flandre avec ces seuls actes de bravoures et de résistance. Face à la furie des Vikings, la fuite a souvent été le premier réflexe. Craignant le feu, la mort ou l’enlèvement, les populations fuient, particulièrement les moines, pressés de mettre à l’abri les précieuses reliques de leurs monastères, le départ de saints protecteurs ne faisant qu’ajouter au sentiment d’insécurité. Au milieu de l’année 845, le bruit se répand qu’après avoir dévasté la Frise, la Flandre et le pagus Mempiscus, une nouvelle armée normande s’approche de la Morinie. Les populations fuient vers l’humble forteresse de Sithiu. Les moines de Gand et de Wormhout y apportent les restes de Saint Bavon et de Saint Winoc. En 879, les bénédictins et leur abbé Eruanic s’enfuient du monastère de Merville et se réfugient à l’abbaye de Saint Médard de Soissons en emportant le corps de Saint Amé. Les plus hautes autorités ecclésiastiques n’ont aucun scrupule à fuir. Humfroi ou Hunfrid, évêque de Thérouanne, veut obtenir de Rome de pouvoir s’exiler pour échapper aux incursions vikings. En 891, c’est son successeur Hériland qui s’enfuit de Thérouanne pour trouver refuge auprès de Foulques de Reims. Il finira sur le siège de Chalons. Charles Mériaux nuance ces départs volontaires, montrant que les évêques fuyaient davantage les habitants de leur diocèse, « ces hommes de mœurs et de langue barbares ». Baudouin II, quant à lui et à l’inverse de son père qui semblait inspirer une certaine crainte aux Normands, a eu une attitude plus réservée au début de son règne préférant se réfugier dans le pagus Flandrensis, attendant dans son burg de Bruges la cessation des incursions. En 883, alors que les Normands infestent le pagus Flandrensis, il se cache avec ses sujets dans les bois et les marais du littoral et ne s’oppose pas à la destruction de Bruges.

Les conséquences des incursions normandes
Quelle conclusion pouvons-nous tirer de ces incursions normandes en Flandre ?
Si les écrits monastiques – nos principales sources – sont pleins de récits d’enlèvement, de meurtres, d’incendies, de pillages commis par des païens envoyés par Dieu pour punir les Francs de leurs péchés, il faut reconnaître le caractère très épisodique de ces incursions (820, 860, 864, 879-881, 883 et 891-892).
On ne peut toutefois nier que les pillages pendant plus d’un demi siècle, l’angoisse et la crainte des razzias ont ouvert de larges plaies dans la région. Si elles n’ont pas occasionnée de destructions définitives, la reconstruction, faute de bras, dut être lente. Thérouanne s’est relevée doucement. Ses évêques devaient résider à Boulogne jusqu’en 995. L’abbaye de Wormhout disparut et ses moines s’installèrent sur le Groenberg. Selon le Libellus Floridus, l’église de Saint Omer n’eut de pasteur de 880 à 960. L’auteur des Miracles de Saint Bertin, témoin des faits, écrit « toute la terre fut incendiée et dépeuplée par la faim et la fuite ». Plus que la défaite de Saucourt en Vimeu, c’est selon Alain Derville, « l’épuisement du pays qui détermina les Normands à se transporter plus à l’est (Camps d’Ascloa, Condé et de Louvain) … L’époque carolingienne avait connu un certain progrès démographique dont témoignent ici la surpopulation de certains villages, là des défrichements. Ce progrès fut brisé net ». Cette opinion peut être nuancée lorsque l’on sait que l’essor économique qui anima l’Europe occidentale après l’an mil est amorcé dès les 9e et 10e siècles avec la mise en valeur des campagnes et la création de nombreux bourgs et marchés. Les villes fortifiées de la fin du 9e siècle se révéleront en effet efficaces sur le plan économique. Elles vont attirer les negociatores qui trouveront en ces lieux une sécurité pour leurs biens et leur personne. Les villes qui ne seront pas fortifiées comme Quentoric disparaîtront. C’est aussi au pied des fortifications construites aux 9e et 10 siècles que vont se développer, dans un contexte démographique nouveau, nos plus anciennes agglomérations urbaines comme Bourbourg et Bergues.
Les grandes exploitations agraires carolingiennes de la Flandre ne traverseront pas les invasions normandes en conservant indemnes leurs structures et leur étendue. Des vassaux comtaux, des leudes chargés de fonctions vont se muer à cette occasion en petits seigneurs et n’hésiteront pas à s’approprier, sous prétexte de les défendre, de larges pans de domaines ecclésiastiques et comtaux. C’est peut-être dès ce moment que disparurent les lourdes corvées de trois jours par semaine et tout le système domanial classique. Le serf obtient sa liberté en fuyant vers d’autres pays ou vers les bourgs naissants. Ceux qui restent virent leur condition s’adoucir.
Les dernières invasions ont eu aussi des conséquences sur le plan politique. « En entretenant un climat d’insécurité, elles ont contribué au déclin du pouvoir royal dans un Empire menacé par l’anarchie dès le milieu du 9e siècle et favorisé, par le développement de l’autorité au niveau régional, la naissance de la féodalité » (Monique Sommé).
C’est dans ce contexte qu’apparaît le Comté de Flandre. Baudouin 1er avait encore été un comte fonctionnaire. Il appartenait à cette aristocratie franque où les carolingiens ont recruté la majeure partie de leur personnel politique. Sa famille était peut-être originaire de Lorraine et était apparentée à un lignage connu qui a fourni à Charles le Chauve des comtes de Laon. Baudouin lui même était comte, mais nous ignorons où il exerçait ses fonctions. Sa fortune il la doit en grande partie à un mouvement de passion. En 860, il enleva la fille du roi, Judith, dont il s’était épris. Poursuivi par la fureur de Charles le Chauve, le couple menant une vie errante. La protection du pape Nicolas 1er – auprès duquel le couple avait trouvé refuge – et la crainte d’une alliance de Baudouin avec les Normands, leur permirent de rentrer en grâce à l’automne 862. Baudouin fut alors envoyé sur l’Escaut. Nous savons que peu de temps après il mit en fuite les pirates normands quand ceux-ci tentèrent d’envahir la Flandre en 864. Dernier représentant du pouvoir royal, après que Louis II ait abandonné le plat pays, il en profita pour imposer son autorité sur les comtés de Gand, de Waas, de Ternois, du pagus Flandrensis, d’Aardenburg et du Mempiscus. La reconnaissance de l’hérédité des charges à Quierzy sur Oise en 877 permit à Baudouin de transmettre ses possessions à son fils Baudouin II. On peut considérer ce dernier comme le véritable fondateur de la principauté flamande. Son autorité s’étendait de la mer du Nord à Courtrai et d’Aardenburg à Cassel. Elle s’appuya sur les castella recens facta décrites plus haut et qui devinrent des centres de l’administration et de la justice comtales. Baudouin II profita de l’anarchie dans le royaume (Affrontement entre les Carolingiens et les Robertiniens) et des dernières incursions normandes pour agrandir ses possessions (Le Boulonnais, le Ternois, l’Artois et le Vermandois) confisquant les fiscs royaux, les propriétés abandonnées, et les biens des églises (domaine de Saint Bertin dont il devint abbé laïque en 892, domaines de Saint Pierre et de Saint Bavon à Gand, domaines de Saint Amand et du chapitre de Tournai). Dans sa lutte pour l’extension territoriale de son pouvoir, Baudouin II n’hésita pas à faire assassiner l’archevêque de Reims et le comte Herbert 1er de Vermandois qui s’opposaient à ses desseins. Sa puissance et la place qu’il occupa parmi les grands du nord de la France, valurent à Baudouin II un prestige considérable. Mais cela est une autre histoire.

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Consulté 12 986 fois, modifié le 26 mars 2017 - Imprimer cet article

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