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Une Histoire de Fort Mardyck

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Le fort espagnol (1622-1673)

Le nom de cette commune du littoral flamand vient d’un fort construit au XVIIe s. sur le territoire de Mardyck.

En 1622, à la demande des Espagnols, l’ingénieur dunkerquois Jean Gamel construit un fort d’une dimension de 900 sur 700 mètres. Il abritait en son sein des bâtiments militaires et des habitations destinées à l’état-major dont une église. Un fortin en bois, construit en pleine mer, était relié à ce fort.
Cet ensemble avait pour mission de protéger le littoral et notamment le canal de la Fosse de Mardyck, bras de mer passant à coté du fort qui permettait le mouillage de plusieurs navires, même à marée basse. 3 à 4.000 hommes composaient la garnison.

Ce fort connut très rapidement les affres de la guerre. En 1645, les Français s’en emparèrent. Les Espagnols, profitant des troubles liés à la Fronde, le reprirent en avril 1652. En 1657, Mazarin signa une alliance avec l’Angleterre et lui promit en échange de son aide contre les Espagnols, la ville de Dunkerque et le fort. Un nouveau siège débuta en septembre 1657 où se distingua un jeune ingénieur militaire du nom de Vauban et se solda par la reddition de la garnison espagnole un mois plus tard.
En juin 1658, Dunkerque est prise à son tour. Conformément à l’accord passé, les Anglais investissent la ville et le fort de Mardyck. Louis XIV les rachètera en 1662 au roi d’Angleterre à court d’argent.
Louis XIV décida d’une réorganisation du littoral flamand en relevant et en élevant des fortifications autour des villes de Gravelines et de Dunkerque. Dans cette optique, le fort construit par les espagnols apparut comme inutile et fut rasé en partie en 1665, puis définitivement en 1674. Seul fut conservé le fortin de bois utilisé comme garde côtier jusqu’en 1698, date de sa destruction.

La Concession

Colbert, alors secrétaire d’Etat à la marine, eut l’idée d’installer des marins sur ce territoire en 1670. La légende retient que quatre familles (les Bénard, Godin, Everard et Zoonekindt) originaire de Cucq, près de Montreuil, auraient répondu à l’appel de Colbert. La réalité est bien entendu différente. Ce sont des familles originaires du littoral de Gravelines à Etaples et notamment de Marck, près de Calais qui s’installèrent dans des petites maisons avec un jardin et un coin de plage pour pêcher à l’emplacement des ruines de l’ancien fort.
Le hameau se développa au début du XVIIIe s. Les Anglais par le traité d’Utrecht en 1713 obtenaient la destruction du port de Dunkerque, « véritable nid de corsaires » (Jacques Hondermarck). Les Français soucieux d’éviter des inondations après la destruction des écluses de Dunkerque, creusèrent un canal partant de l’arrière-port pour se jeter dans la Fosse de Mardyck. Long de 6.600 mètres et large de 20 à 40 mètres, il permettait également le passage de navire, ce qui pouvait que déplaire aux Anglais. En 1717, ces derniers obtenaient la destruction des écluses du nouveau canal, laissant en place une petite écluse de 5 mètres permettant seulement le passage des barques des pêcheurs.
Fort-Mardyck devenait la seule ouverture sur la mer et l’unique source d’approvisionnement en poisons frais pour la ville de Dunkerque.
En 1745, le hameau qui comptait environ 300 habitants, relevait de deux paroisses (Grande-Synthe et Petite-Synthe), héritage d’un partage lors de la destruction du fort. Cette situation perdurera jusqu’à la Révolution. Les habitants étaient administrés par un syndic composé de marins élus par les membres de l’Association des pêcheurs âgés de plus de 21 ans et habitant le hameau depuis plus d’un an. Ce syndic devait faire appliquer les décisions prises par l’assemblée générale des copropriétaires de la Concession au sujet de l’administration et de l’entretien des terres communes. Il représentait l’association et les marins auprès des tribunaux.
Cette autonomie administrative a attiré très vite des convoitises.
En 1768, le vicomte de Gand essaie d’obtenir un morceau du terrain le long du Canal. L’année suivante, le comte de la Morlière s’adresse au Conseil du Roi afin de prendre possession des terres de la Concession. Le syndic s’opposa. Mais en avril 1773, Louis XV accorda les droits de justice sur la Concession au comte de La Morlière qui en contrepartie ne pouvait lever d’impôts. Ce dernier, s’estimant lésé, s’arrangea, l’année suivante, avec l’intendant des Flandres pour procéder à l’échange de 113 mesures de terres sablonneuses contre 97 mesures au cœur de la Concession. Le syndic protesta de nouveau, menace de s’expatrier en Hollande pour finalement s’adresser directement au roi le 3 septembre 1785.
Finalement, Louis XVI, par un arrêt, rendit aux matelots pêcheurs tout leur terrain et contraint le comte de La Morlière à laisser un passage sur ses terres pour accéder à la mer. Les marins avaient désormais en leur possession un document officiel attestant leurs droits de jouissance sur la Concession.
La Révolution ne remit pas en cause cette décision. Le hameau fut érigé en commune en 1791, rattaché à la commune de Mardyck en 1800 (la commune ne comptait que 250 habitants), puis à celle de Grande Synthe en 1830 (Les syndics des pêcheurs seront remplacés par une commission syndicale de cinq membres, présidée par le maire de Grande-Synthe) avant de retrouver son autonomie en 1867.
Le droit de la Concession évolua également. En 1850, un Règlement est rédigé et approuvé par le Préfet. Il précise l’organisation et les prérogatives de l’Association des matelots pêcheurs. Le hameau se transforme par l’élargissement de certaines rues (Chemin de l’Amirauté, Rue Grande), la séparation des propriétés par des haies, la construction d’une école (1844) et d’une église (1862). La municipalité, rétablie en 1868, a remplacé le syndic et réadapte le Règlement.
Mais, ce règlement devint de plus en plus une entrave au développement de la commune. Seuls les marins pouvaient faire construire sur le sol de la concession, les commerces et les industries pour cette raison étaient rares. La municipalité dès 1930 décida de supprimer le Règlement. Mais il fallut attendre 1962 pour que l’Assemblée Nationale vote une loi permettant à tout habitant de la commune de devenir propriétaire du sol de leur parcelle pour la modique somme d’un franc le m². A cette date 70% des habitants n’étaient pas inscrits au registre maritime.

Les sources de l’histoire de Fort-Mardyck :

L. Moreel, Une idée sociale de Louis XIV, la concession des marins de Fort Mardyck, in Revue des travaux de l’académie des sciences morales et politiques, 106e année, 4e série, année 1953, 1er semestre, 10p. [ADN 0288]
J. Hondermarck, Histoire de notre ville : Fort Mardyck, sd, 70p.
R. de Bertrand, Histoire de Mardick, Imp. Drouillard, 1852, 447p. [BM Lille FR 105845]
A. Descamps, Une ancienne colonie picarde en Flandre, extrait du journal La Vérité, janvier 1897, Imp. Fleury, 1903, 8p. [BM Lille 151286]
L. Lancry, La commune de Fort Mardyck, étude historique, démographique et médicale, Ed. Steinheil, 1890, 72p. [BM Lille 151288]

Consulté 6 673 fois, modifié le 20 mars 2016 - Imprimer cet article

 

2 commentaires sur “Une Histoire de Fort Mardyck”

  • Andre GOSSELIN,  le 6 mars 2011

    Vous indiquez l’érection de Fort-Mardyck en commune en 1791.
    Je lisais, il y a quelques jours la date de 1793 sur wikipedia (qui n’est pas toujours très juste ni précis).
    Confirmez-vous 1791?
    Merci de me renseigner.

    A. Gosselin

    P.S.:Texte très clair et beaucoup de dates pour nous permettre de suivre dans le temps l’histoire de la concession d’abord, de la commune ensuite.

    • Westhoekpedia,  le 6 mars 2011

      Quelques petites précisions :
      Pour Jacques Hondermarck, c’est en 1791 que le hameau de fort Mardyck, peuplé de 332 habitants, devint l’une des 60 communes du district de Bergues. Jacques Louis Blanquart fut désigné maire de la nouvelle commune lors des premières élections municipales en décembre 1791.
      L’auteur de l’article de Wikipédia s’appuie sur une information relevée sur le site cassini.ehess.fr qui indique 1793 comme date de création de la commune. C’est également la date du premier recensement.
      Nous tenterons d’obtenir plus d’informations aux archives départementales lors de notre prochaine visite.

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