Article écrit par Westhoekpedia le 12 novembre 2010 - Rubrique : Guerre, Moyen Age - Consulté 1 635 fois
Fuir ou résister ?
Face à ces incursions incessantes comment les autorités et les populations ont réagi ?
Dès les premiers contacts avec les Normands sur les côtes atlantiques, peu avant 800, se posa à Charlemagne le problème de la défense de son Empire sur le flan nord-ouest. Il décida comme nous l’avons vu de poster à Boulogne et à Gand des garnisons et des flottilles mobiles qui avaient pour mission de surveiller l’activité des pirates et de briser leurs attaques. Les postes de guet communiquaient entre eux par des phares et des signaux lumineux. L’ancien phare romain de Boulogne fut restauré en 811. Un capitulaire enjoignit aux habitants du littoral de courir en armes au devant des pirates au premier appel des comtes préposés à la garde maritime, sous peine de 20 sols d’amende. Ces mesures prises par Charlemagne ne cessèrent pas d’être appliquées à sa mort. C’est sans doute une de ces unités de défense côtière qui entra en action lors du débarquement de 13 bateaux vikings sur la côte flamande en 820. Une lettre d’Eginhard fait allusion au système défensif maritime toujours en vigueur vers 834. Louis le Pieux renforça ces mesures en 835 et 838. Enfin vers 853, Charles le Chauve confia la défense de la côte flamande à l’abbé laïque de Gand Adalelm. Il est difficile de dire si ce système défensif fut efficace car comme nous l’avons vu, les Normands ne furent pas spécialement attirés par les côtes flamandes jusqu’en 879. Peut-on toutefois dire, qu’il manquait aux garnisons cette mobilité qui aurait pu mettre en échec les invasions normandes. De toute façon, les forces étaient trop faibles et trop dispersées pour constituer un rempart imprenable. Une fois ce rempart franchi, s’ouvrait aux Normands un pays qui n’avait plus connu d’invasions massives depuis longtemps et qui avait perdu toute notion de défense territoriale. On tenta en vain de chasser l’envahisseur en le provoquant en batailles rangées ou en mettant le siège devant ses camps retranchés. Mais l’efficacité de cette tactique traditionnelle s’avéra plus que médiocre. Certaines populations locales résistèrent face à l’envahisseur. Nous l’avons vu en 820 sur la côte flamande. Cette résistance se reproduit en 864 et en 890. En 891, ce sont les habitants de Saint Omer et de Cassel qui s’opposent aux Normands. Les témoins parlent pour Cassel de fideles qui praelio interfuerunt (Libellus miraculorum s. Bertini). A Saint Omer, c’est tout le populus, les nobiliores cum inferioribus, les pedites et les equites, qui, in aecclesia consistens, se jurent fidélité, s’arme, prennent place dans l’arx, puis pourfendent les razzieurs. L’auteur du Libellus parle également des nostri, les paysans des alentours de l’abbaye Saint Bertin encadrés par leurs propriétaires fonciers.
La supériorité des Normands s’explique avant tout par leur rapidité d’action, leur mobilité et à l’utilisation d’un type de navire qui leur permet aussi bien de parcourir les mers que de pénétrer loin à l’intérieur des terres par les fleuves. Ces bateaux progressant par voile et à la rame n’étaient pas un instrument de combat, mais servaient à transporter les hommes (une centaine) et le butin amassé lors des raids. Après avoir débarqué, les Normands combattent à pied selon les mêmes méthodes que les Francs, avec des armes comparables. L’épouvante suscitée par les vikings s’explique plus par la brusquerie de leurs raids et leur réputation de férocité.
Les batailles en terrain découvert (Saucourt en Vimeu) n’ayant pas apporté les résultats escomptés « les francs se préparer à résister, non pas dans des combats en rase campagne, mais en construisant des fortifications, afin d’interdire aux Normands l’usage des cours d’eau » (Annales de Saint Vaast). Il semblerait que le roi ne soit pas à l’initiative de ces constructions en Flandre. Au mieux peut-on penser qu’il confia à Raoul, abbé de Saint Bertin et de Saint Vaast, le soin de mettre en défense ses deux abbayes. Mais, faute de moyens et d’hommes, Raoul se borna à une pauvre petite fortification en bois de 100 mètres sur 200 mètres autour de l’église de Saint Omer. On pense par contre que les comtes de Flandre ont joué un rôle plus important dans la construction des lieux fortifiés. On sait que Baudouin 1er avait érigé un castrum avant 879 pour défendre Bruges contre les Normands. Les castella recens facta, identifiés par H. Van Werveke, avec les villes de Cassel, Bourbourg, Bergues, Furnes, Oostburg, Souburg et Middelburg auraient été édifiées par les populations locales. Mais on image mal que le comte de Flandre Baudouin II, disposant d’une autorité suffisante, n’ait pas donné son accord et n’ai pas encadré leur construction avec l’aide des grands propriétaires laïcs et ecclésiastiques de la région. Édifiées à la limite des polders, ces fortifications furent conçues suivant un plan qui les intégrait à l’ensemble des places fortes déjà existantes. Oudenburg, Aardenburg et Cassel remontaient à l’époque romaine; Bruges nous l’avons vu avait été fortifiée au milieu du 9e siècle. Ces castella n’avaient rien d’imposant. Bourbourg, Bergues et les autres citadelles similaires, étaient de forme circulaire. Leur diamètre mesurait à peu près 200 mètres. Elles étaient entourées par un large fossé et un remblai de terre. D’après le Libellus miraculorum s. Bertini, on peut suivre les différentes phases de la construction de ces castella. Il fallait d’abord procéder à la reconnaissance du tracé précis de l’enceinte en présence des proceres et du populus. Ensuite, les taches étaient réparties entre les habitants groupés par potestates et ministeria, unités administratives carolingiennes. Enfin commençaient les travaux proprement dits. Généralement situés sur des collines ou des buttes, ces castella étaient tout désignés pour le guet et avertir la population. Alertés, les habitants accouraient avec leurs objets précieux et s’engouffraient derrière les palissades. De là , les bellatores tentaient de tenir l’ennemi à distance avec des flèches et si la troupe ennemie était peu importante, ils se risquaient à sortir de l’arx et à chasser les intrus. Les Normands n’étant pas organisés en vue de guerres de sièges, les castella malgré leur structure simple étaient suffisantes pour les contenir.
Bien entendu les incursions normandes n’auraient pas eu un tel impact sur l’histoire de la Flandre avec ces seuls actes de bravoures et de résistance. Face à la furie des Vikings, la fuite a souvent été le premier réflexe. Craignant le feu, la mort ou l’enlèvement, les populations fuient, particulièrement les moines, pressés de mettre à l’abri les précieuses reliques de leurs monastères, le départ de saints protecteurs ne faisant qu’ajouter au sentiment d’insécurité. Au milieu de l’année 845, le bruit se répand qu’après avoir dévasté la Frise, la Flandre et le pagus Mempiscus, une nouvelle armée normande s’approche de la Morinie. Les populations fuient vers l’humble forteresse de Sithiu. Les moines de Gand et de Wormhout y apportent les restes de Saint Bavon et de Saint Winoc. En 879, les bénédictins et leur abbé Eruanic s’enfuient du monastère de Merville et se réfugient à l’abbaye de Saint Médard de Soissons en emportant le corps de Saint Amé. Les plus hautes autorités ecclésiastiques n’ont aucun scrupule à fuir. Humfroi ou Hunfrid, évêque de Thérouanne, veut obtenir de Rome de pouvoir s’exiler pour échapper aux incursions vikings. En 891, c’est son successeur Hériland qui s’enfuit de Thérouanne pour trouver refuge auprès de Foulques de Reims. Il finira sur le siège de Chalons. Charles Mériaux nuance ces départs volontaires, montrant que les évêques fuyaient davantage les habitants de leur diocèse, « ces hommes de mœurs et de langue barbares ». Baudouin II, quant à lui et à l’inverse de son père qui semblait inspirer une certaine crainte aux Normands, a eu une attitude plus réservée au début de son règne préférant se réfugier dans le pagus Flandrensis, attendant dans son burg de Bruges la cessation des incursions. En 883, alors que les Normands infestent le pagus Flandrensis, il se cache avec ses sujets dans les bois et les marais du littoral et ne s’oppose pas à la destruction de Bruges.
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